bandeauhaut
bandeau


 

Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Portraits

Portraits

par VLC - 5 mars 2015

Dr. Thuy Vo Dang appointed Archivist for the Libraries’ Southeast Asian Archive and Regional History

The UC Irvine Libraries are pleased to announce the appointment of Dr. Thuy Vo Dang as archivist for the internationally recognized Southeast Asian Archive and Regional History in Special Collections and Archives. Dr. Vo Dang begins her appointment on August 1.

"Thuy is a true scholar-archivist hybrid,” said Audra Eagle Yun, Head of Special Collections and Archives. “Her passion for documentation and expertise about the communities of the Orange County region have prepared her well to develop archival and general collections for the Southeast Asian Archive and Special Collections and Archives. We are delighted to have Thuy join the UCI Libraries to help enhance our collections and services."

Since 2011, Vo Dang has served as the Project Director for the Vietnamese American Oral History Project at UCI where she coordinated outreach, marketing, recording, processing, preservation, and dissemination of the digital archive, a collaboration between the School of Humanities and the Department of Asian American Studies with the UCI Libraries.

"My partnership with the UCI Libraries these past two years has inspired and strengthened my commitment to developing and maintaining collections at the cutting edge of academic research in collaboration with the diverse communities we serve,” said Vo Dang. “I am thrilled to take on the role of Archivist for the Southeast Asian Archive and Regional History and to be part of the Special Collections & Archives team."

Vo Dang has a B.A. in Asian American Studies and English from Scripps College, and an M.A. and Ph.D. in Ethnic Studies from the University of California, San Diego, where she specialized in race and ethnicity, oral history, cultural studies, immigration and refugee studies, community studies, and Asian American studies. She also has teaching experience at UCI, UCLA, UCSD, and Loyola Marymount University, and is a member of the Association for Asian American Studies, the American Studies Association, and the Southwest Oral History Association. She serves on a number of community non-profit boards, including Horizon Cross-Cultural Center and the Vietnamese American Arts and Letters Association.

Originally planned as a temporary archivist position, strong community enthusiasm inspired the Libraries to create a permanent archivist position to meet the needs of the Southeast Asian Archive and Orange County regional collections. The first year of the position will be devoted to the Southeast Asian Archive, thanks to a fundraising initiative by the Vietnamese American Community Ambassadors (VACA), a chapter of the UC Irvine Alumni Association. The two year initiative featured generous financial support from Wells Fargo Bank, members of VACA, former members of Project Ngoc, as well as the community, with a joint commitment from UCI Chancellor Michael Drake. After the first year, responsibilities for the position will expand to include managing regional history collections in the Special Collections & Archives Department and in the general UCI Libraries’ collection.

Source : UCI Libraries


France : travail de mémoire pour les Indochinois de Sorgues

C’est un pan méconnu de l’histoire française. En 1939, 20 000 Indochinois ont été enrôlés de force et emmenés en France, dans des camps pour "effort de guerre". Une main d’oeuvre gratuite et corvéable à merci dont les souffrances n’ont jamais été officiellement reconnues. A Sorgues, où se trouvait le camp le plus important, la municipalité a décidé de faire ce travail de mémoire. Reportage.

Par Sophie Golstein, Cédric Alliot et Christophe Harnoy.

Source TV5 : http://www.tv5.org/cms/chaine-franc...

A lire sur Nice Matin : Les travailleurs indochinois de Sorgues sortent d’un long oubli


Toulouse : l’histoire absurde de Rattanasay, réfugié politique que la France ne reconnaît plus

Kevin Figuier - 7 septembre 2012

Rattanasay est arrivé en France à quinze ans avec son père pour fuir le changement de régime politique au Laos. Hospitalisé en 2008 et 2009, il bataille depuis lors pour obtenir son renouvellement. L’administration s’obstine à lui remettre un récépissé de première demande de titre de séjour. Récit.

Le pas lent et lourd, Rattanasay Nachampassak propose à sa concubine Michèle de s’installer sur le grand balcon pour l’entretien. Né le 11 avril 1963 à Champassak au Laos, il est le fils d’un officier supérieur et d’une mère au foyer. En 1974, après les accords de Vientiane, le Gouvernement Provisoire d’Union Nationale est formé. L’année suivante les communistes prennent le pouvoir. Des milliers de Laotiens sont envoyés dans les « samana », [« séminaires », NDLR] qui sont en fait des camps de rééducation imaginés par le régime communiste. Une partie de la population s’expatrie en Thaïlande et se concentre alors dans les camps de réfugiés.

Il arrive en France en 1978 et obtient le statut de réfugié politique. Ses parents ayant divorcé avant l’exode, il bénéficiera de plein droit de la carte de résident grâce au regroupement familial demandé par sa belle-mère française. « J’ai fait des études techniques et j’ai obtenu un BEP mécanique générale. Cela ne m’a pas plu alors je me suis dirigé vers la grande distribution pour devenir commercial ».

Hospitalisation

Quelques années plus tard, il s’installe avec sa compagne à Strasbourg et retrouve cinq des six membres de sa fratrie. C’est alors que vers la fin de 2008, il fait un premier accident vasculaire cérébral. « J’étais hospitalisé et je ne me souvenais plus de rien », explique-t-il. Cette année correspondait pour Rattanasay à la période de renouvellement de sa carte de résident, sa « femme devait s’en occuper ».

Mais le couple, déjà fragilisé par des conflits se séparera après sa sortie de l’hôpital. A partir de cet instant, il ne retrouve plus sa carte de résident. Il part pour Toulouse où l’une de ses plus jeunes sœurs réside. Il déclare alors dans un commissariat de police sa perte de carte de résident.

Nous sommes en 2009 et Rattanasay à 46 ans est victime d’un second accident vasculaire cérébral. Hospitalisé en urgence au CHU de Rangueil où il reste plusieurs mois, il est finalement transféré pour un an dans un centre de rééducation dans le Gers. Il y rencontrera Michèle Van Der Broeck, son actuelle concubine.

Bataille administrative

A leur sortie, le nouveau couple s’installe à Empalot dans un immeuble de sept étages réservé aux personnes âgées et à mobilité réduite. Le couple constitue un dossier de renouvellement de carte de résident à la préfecture mais passe d’abord par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

« Au centre [de rééducation], personne ne lui a dit qu’il avait le droit à l’allocation adulte handicapé ! Il n’avait ni revenu, ni ressource », se souvient Michèle. Elle entame pour son conjoint une demande qui peut prétendre à cette allocation à hauteur de 500€, mais faute de posséder sa carte de résident, depuis 2010 « la CAF lui doit 12 000€ ». « Avec 800€ (revenus de Michèle, NDLR) pour deux personnes, on ne peut que survivre. Aujourd’hui nous sommes endettés avec 600€ d’impayés pour EDF« , soupire Michèle.

« On me dit que mon dossier ira très vite »

Depuis 2010, l’administration préfectorale remet à Rattanasay un récépissé de première demande d’un titre de séjour en lieu et place d’une demande renouvellement de sa carte de résident. A la préfecture, « ce n’est jamais la même personne qui vous reçoit au service des étrangers ». « Les fonctionnaires ne donnent jamais leurs noms mais simplement leurs initiales, poursuit-il. Ils me disent que mon dossier est étudié et que ça ira très vite ». « Ils traitent les gens comme du bétail », ajoute Michèle qui l’accompagne toujours dans son fauteuil roulant.

En juillet 2011, l’OFPRA a transmis à la préfecture de Haute-Garonne son dossier complet. « Nous avons même contacté le délégué du médiateur de la République, il a trouvé que ce n’était pas normal, fait remarquer Rattanasay. Il a envoyé plusieurs lettres au chef du service des étrangers à la préfecture mais il n’a rien pu faire d’autre. Il va nous diriger vers un parlementaire pour régler peut-être le problème. Cela doit venir d’en haut, c’est une histoire vraiment absurde ».

Fin de validité en décembre

« Toutes les pièces du dossier sont à la préfecture, il ne reste plus qu’à éditer la carte », déplore Michèle qui finit par croire à ‘une politique du chiffre » et de « quotas ».

Le 5 décembre prochain, ce sera la fin de validité de son sixième « récépissé de première demande de carte de séjour ». « Je suis en France depuis 1978, je n’ai jamais quitté le pays et on me considère comme un immigré qui vient arriver ! s’emporte Rattanasay. Lorsque j’aurai ma carte de résident, nous sabrerons le champagne » promet-il.

Source : Carré d’Info


Orphan singer returns in search of peace

Abandoned as a new-born, US-Vietnamese singer Randy Tran returns to his native land to search for his mother and the meaning to life. Minh Thu reports.

Where is the most boring place to live ? "Where I don’t find any relatives," Randy Tran, a Vietnamese-American pop singer, replies. Where is the most desirous place to sing ? "Anywhere I’m received," he says.

Tran has returned to Viet Nam three times but has never performed in more shows than he did during his most recent visit.

He sang at HCM City’s Trong Dong (Bronze Drum) Music Stage Theatre, the southern province of Tay Ninh, Ha Noi, the northern city of Hai Phong and will perform again in the central city of Da Nang this weekend before returning to the US.

Tran was born in Da Nang City in 1971. His mother left him at an orphanage when he was only a month old. A few years later he was adopted by a woman in a nearby village.

Tran moved to the US in 1990 and began life in the country of the father he never met. He worked different jobs, such as sewing and ironing clothes, until he was encouraged by his friends to enter several singing contests and even won two. People gradually began to recognize his voice. Many Vietnamese singers living in the US approached Tran and urged him to join their community.

He then started his pop singing career with the guidance of his fellow countrymen.

"I feel warm and moved," he says, "their love for me is undeniable."

Tran still wondered why his mother left him to suffer in Viet Nam. But his anger turned to sympathy when he learned of the stigma of having a child out of wedlock with an American during the war.

He thought that perhaps she gave him away in the hope that he would have a better life. Inspired by his past, he wrote a song called After the War, which often brings Vietnamese audiences to tears when performed.

After the war you left mom behind, dad. The loneliness and pain she holds within.

Night after night holding me in her arms, with the tears in the corner of her eyes, wondering where you are.

After living in the US for 20 years, Tran wishes to find his mother alive and well. He has come back to Viet Nam four times to search for her.

"I have never had peace of mind when I think of her," he says. "Every time I have a chance to come back to Viet Nam, I go straight to places where I think my mother may be living, but my dream has never come true."

"I jumped at the invitation from the local TV show Suc Song Moi (New Vitality) with the hope that my mother may be living in some distant place and this may be the only way for her to recognise me. I just wish that someday I could fall into her arms and cry."

Tran did not perform during his previous visits as he was unable to get a work permit ; but this time he got an official licence.

"This will help fulfill my aspiration to perform in my birth country. In this trip to Viet Nam, I found another happiness. I know my exact birthday."

Although he lives far away, he has still maintained Vietnamese lifestyle and language. He even remembers many idioms and proverbs.

"When I was young, I loved studying and reading books and I still do," he says.

Tran has learned and tried to understand a new sentence of wisdom everyday from his tear-off calendar.

"I love Vietnamese literature and lifestyle. Vietnamese people are tolerant and painstaking. I often tell myself that I should follow the moral lesson and try to live well."

Although Tran sees that many things have changed since he was young, many people still remember and welcome him. They are surprised that he speaks Vietnamese and hasn’t forgotten them or his former life.

"This trip is very meaningful to me, I have a chance to sing for my people and raise money for the flood victims. That’s a special emotion when the audiences love hearing my songs. They even ask me to repeat."

People often say that Tran’s singing can move them to tears. He says, "The unhappy childhood years have left its indelible imprint on my heart ever since I began to have a little knowledge about life."

"I can’t bring myself to sing a happy song when every night in my dreams I long for my mother and the dream still remains unfulfilled. Maybe sad songs suit me better."

Music helps ease all troubles, Tran says. When he has trouble sharing his feelings with his friends he writes songs.

"Some are presented for others and loved. Some are thrown to the dustbins ; but everything I write helps me," he says.

One day he saw people buying gifts for their mothers on Mothers’ Day. Advertisements for the day were everywhere. He was upset thinking about his mother and wrote Me (Mother), which was quickly received by audiences.

The lyrics may bring people to tears :

My mother leaves me since I was small, I don’t know who my mother is. My father leaving, living without mother, is there anything more grieved ?

Tran says he wants to perform with friends in Viet Nam more often. He intends to release his first CD that will include the hits he sang in Viet Nam this year.

"Anyone who listens to Tran’s songs will be charmed because of the beautiful and expressive voice," says Le Hoang Tien from Ha Noi-based Asia Film Studio.

"When we organised Randy’s performance, He Returns, in HCM City, the audience loved his songs so much that they required another show. That was out of our plan and expectation. Then we had to organise another one to meet their demand."

"Received in the motherland is my endless happiness and honour. Standing on stage and hearing the audience clap, I know I’m not alone," Tran says. — VNS

Source : http://vietnamnews.vnagency.com.vn/...

Lire aussi : American sings in hope of finding mother in Vietnam sur Tuoi Tre News


Boudarel devant l’histoire : l’inventaire impossible

Un documentaire de Séverine Nikel et Renaud Dalmar

Le 13 février 1991, au Sénat, lors d’un colloque consacré au Vietnam, Georges Boudarel, maître assistant à Paris-VII et historien du Vietnam, est violemment pris à partie par un ancien ministre de Valery Giscard d’Estaing. Jean-Jacques Beucler accuse : Boudarel est un criminel, il a « du sang sur les mains ». Il est le "commissaire politique " du camp 113, un camp du Vietminh où des dizaines de soldats français sont morts de privations et mauvais traitements pendant la guerre d’Indochine.

Dans les jours suivants, les réactions s’emballent, les témoignages à charge déferlent. Pendant plusieurs semaines, l’affaire occupe les gros titres de la presse. Lionel Jospin, ministre de l’Education nationale, qualifie Boudarel de « kapo ». André Méric, au secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants, dénonce en lui un traître. Georges Boudarel reconnaît s’être rallié au Vietminh mais il se défend de tout crime. Et, s’il a rompu avec le communisme, il n’entend pas battre sa coulpe. On découvre le destin d’exception de cet inconnu, petit professeur communiste passé du lycée de Saigon à la haute région du Tonkin pour faire la rééducation politique de prisonniers mourant de faim et de maladie. Les anticolonialistes, Pierre Vidal-Naquet en tête, et nombre d’universitaires spécialistes de l’Asie pétitionnent en sa faveur. Les faits ont beau être amnistiés depuis 1966, une plainte pour crime contre l’humanité est déposée par l’association des anciens prisonniers de l’Indochine. On fait le parallèle entre Boudarel et Barbie, ou Touvier. L’avocat Jean-Marc Varaut tonne que « le Nuremberg du communisme » va commencer par la France… L’extrême droite se déchaîne.

La première guerre du Golfe vient d’éclater. Un peu plus d’un an après la chute du mur de Berlin, l’URSS est sur le point de s’effondrer. Le communisme est mort à l’Est. L’étoile des combattants du Nord-Vietnam a pâli depuis longtemps. L’heure est à la mémoire et à l’inventaire du passé, mémoire de Vichy et de la persécution des Juifs, mémoire des guerres coloniales, procès Barbie et Touvier. Les anciens combattants, eux, ont l’âge de la retraite. Ils se sont regroupés en associations. Certains espèrent une réhabilitation de la « sale guerre ». Les rescapés des camps du Vietminh viennent d’obtenir un statut analogue à celui des déportés de la Seconde Guerre mondiale. L’affaire offre une tribune à leurs souffrances.

Entre les accusations des anciens soldats et les justifications anticolonialistes, où est le vrai ? En 1991, l’engagement de Georges Boudarel est devenu incompréhensible. Quant à l’inventaire des responsabilités, il semble impossible : sur la question des prisonniers de guerre français et vietnamiens, comme sur celle du soutien de la gauche occidentale à des mouvements de libération devenus des dictatures. L’affaire, de ce point de vue, est un chassé-croisé de vérités partielles, de mensonges et de non-dits.

Avec Pierre Brocheux et Daniel Hémery, historiens de l’Indochine et du Vietnam, anciens collègues de Georges Boudarel à l’université Paris-VII, François Godement, sinologue, le général Guy Simon, président de l’Association nationale des Anciens d’Indochine, Wladyslas Sobanski, président de l’Association des rescapés du camp 113, et le lieutenant-colonel Pierre-Alban Thomas, ancien résistant, ancien officier en Indochine et en Algérie.

Réécouter l’émission sur Boudarel


Le cinéaste et écrivain Pierre Schoendoerffer par Bénédicte Chéron

La 317e section (1964), La section Anderson (1966), Le Crabe-Tambour (1976) : beaucoup des films de Pierre Schoendoerffer sont devenus cultes.

L’aventure, les guerres de décolonisation, tel est l’univers du grand cinéaste, ancien cameraman de l’armée qui participa au conflit indochinois. Né en 1928 dans une famille alsacienne, Pierre Schoendoerffer fait partie de ceux qui furent marqués par la défaite de 1940, l’Occupation, la Guerre froide. En Indochine, il se lia à une génération de jeunes officiers qui allait être prise dans le chaos de la guerre, de l’Asie du Sud-Est à l’Algérie.

Devenu cinéaste, quelle relation entretient-il avec l’histoire ? Contribue-t-il à l’édification d’un récit national de la décolonisation alors que les créations littéraires et cinématographiques sur ces combats demeurent rares ou polémiques ? Et quelle part donner à son oeuvre romanesque ? C’est entre fiction et histoire que Bénédicte Chéron nous présente cet artiste hors norme.

Un essai stimulant qui renouvelle en profondeur notre connaissance d’une oeuvre sensible et révélatrice des pulsations de l’histoire.

Bénédicte Chéron est diplômée de Sciences Po Paris. Docteur en histoire, elle a soutenu sa thèse sur le cinéma de Pierre Schoendoerffer. Ses travaux portent sur la relation entre l’image, la mémoire et l’histoire, sur les guerres d’Indochine et d’Algérie ainsi que sur la représentation du fait militaire et guerrier.

Bénédicte Chéron a donné un entretien au blog http://guerres-et-conflits.over-blog.com/ le jeudi 23 février 2012.

Source : http://www.cnrseditions.fr/Cinema/6...


"Je pensais juste que c'était drôle", explique à l'AFP Nguyen Thanh Phong, auteur du livre "Le Meurtrier à la tête remplie de pus".

AU VIETNAM, LES LIVRES A L’INDEX, BRULANTS ET ALLECHANTS

AFP, Publié le 26/01/2012

Le dessin de deux soldats à l’air ahuri se renvoyant une grenade avec le pied comme un ballon de football ne cherchait qu’à faire rire. Mais loin de l’effet escompté, le nouveau livre sur l’argot de la jeunesse vietnamienne a été censuré.

"En étant soldat, vous devez toujours vous faire remarquer", note la légende de l’illustration, qui tente de dégonfler l’image héroïque de l’armée vietnamienne.

"Je pensais juste que c’était drôle", explique à l’AFP Nguyen Thanh Phong, auteur du livre "Le Meurtrier à la tête remplie de pus".

Le recueil de formules en argot, reflet du langage des jeunes Vietnamiens, est l’un des nombreux ouvrages à avoir subi les foudres des censeurs du régime communiste. Généralement plus préoccupés par les opus politiques, ils se penchent désormais sur une culture populaire en plein essor dans un pays où 28 millions d’habitants ont moins de 18 ans.

Les mises à l’index sont un cauchemar pour les maisons d’édition. Mais aussi une publicité gratuite encourageant les ventes sous le manteau.

"Au Vietnam, tout livre interdit devient un best-seller, parce que les gens sont curieux", souligne ainsi Phong, 26 ans, dont le livre s’est vendu à 5.000 exemplaires en deux semaines, avant d’être épuisé.

"La controverse a suscité l’intérêt de beaucoup de gens qui n’auraient jamais pris la peine de le lire dans une librairie", commente Edmund Malesky, expert du Vietnam à l’université de Californie à San Diego.

Le livre "saisit tous les mots branchés de ce qu’ils appellent la génération 9X, ceux qui sont nés dans les années 1990", et qui surprennent par leur "libre-esprit", poursuit-il.

Il existe de plus en plus de ces ouvrages, note de son côté Carl Thayer, expert basé en Australie. Mais "la culture populaire est sans aucun doute en contradiction avec les idées officielles de la culture vietnamienne".

"Vu que le Vietnam est un régime autoritaire, ses responsables n’ont aucun moyen de capter avec précision l’opinion publique (...) Au plus profond de leur coeur, ils ont peur de l’humour politique et de publications politiques, parce que cela remet en cause leur pouvoir et leur légitimité", insiste-t-il.

des livres "désinfectés"

Selon Reporters sans frontières, qui a classé le Vietnam en 165e position sur 178 pays dans son classement annuel de la liberté de la presse 2010, le régime communiste exerce un contrôle étroit sur tous les médias.

Les responsables vietnamiens n’ont pas pu fournir à l’AFP de chiffres sur le nombre de livres bannis chaque année ni de raison précise pour l’interdiction du "Meurtrier".

Il a été empêché de paraître en raison des changements par rapport au projet approuvé précédemment, a simplement indiqué Dang Thi Bich Ngan, directeur adjoint de la Maison d’édition des beaux-arts du ministère de la Culture.

Autre exemple, un recueil de nouvelles du journaliste Nguyen Vinh Nguyen a été interdit et son éditeur condamné à une amende pour "diffusion d’idées dépravées et pornographiques, non conformes aux traditions et aux coutumes vietnamiennes".

"Les lecteurs veulent vraiment ce type de produits issus d’un environnement de publication libre, plutôt que ce qu’on leur donne aujourd’hui, des livres qui ont subi un +traitement+ et ont été désinfectés", estime Nguyen.

Quant au "Meurtrier", l’AFP n’a pas mis longtemps à trouver une copie illégale dans les rues de Hanoï. Mais beaucoup de gens sont simplement aller lire l’une des nombreuses versions publiées sur internet.

"Ceux qui s’opposent au livre disent que si ces phrases circulent sur internet, ça va, mais pas dans des livres. Je pense qu’ils croient que les livres sont très nobles, comme une terre sacrée de la connaissance", note Phong.

Les censeurs se sont dits prêts à discuter d’une version révisée. Et même si certaines illustrations sont remplacées, Phong espère que la nouvelle mouture ne soit pas vue comme aseptisée.

Un optimiste auquel fait échos un dicton illustré dans le livre par un chien entier servi sur une table à manger : "Ne t’inquiète pas, tout ira bien, la viande de chien est toujours servie avec de la sauce à la crevette".

Source : http://www.lepoint.fr/culture/au-vi...


KIM : IMMIGRER SANS OUBLIER

Publié le 20/01/2012

Portrait de Kim, Cambodgienne à Paris

Portrait documentaire réalisé dans le cadre de l’école Cinécréatis.

Réalisateur Julien Boetzle
Assistante Réalisateur Isabelle Stains
Image Jason Sorin
Son Marine Couturier
Montage Yann Cavalier

Source : http://www.asie-forum-voyage.com/t2...


LIBERATION DE PHAM MINH HOANG

Le professeur Pham Minh Hoang est sorti de prison

Radio Nouvel Horizon
Publié le 13 janvier 2012

Le professeur Pham Minh Hoang a quitté sa prison ce vendredi 13 janvier à 8h30, après avoir purgé sa peine de 17 mois de prison. Mais avant de pouvoir retrouver sa famille, Pham Minh Hoang a dû encore patienter encore 4 heures au commissariat de son quartier, le temps que la Sécurité Publique lui précise les conditions de son assignation à résidence pour les trois prochaines années.

Citoyen franco-vietnamien âgé de 57 ans, le professeur Pham Minh Hoang est revenu au Vietnam en 2000, après avoir passé près de 30 ans en France, pour enseigner les mathématiques appliquées à l’Institut Polytechnique de Saigon. Blogueur engagé et membre de Viet Tan, un parti politique pro démocratie interdit par le régime. Sa condamnation le 10 août 2011 pour « tentative de renversement du gouvernement socialiste » (article 79 du code pénal vietnamien) a déclenché un tollé général dans la communauté internationale.

Dans un communiqué du 11 août 2011, Catherine Ashton, Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères affirmait : « Je demande au Vietnam de respecter le droit à la liberté d’expression, en vertu de ses engagements internationaux, et de libérer immédiatement le professeur (Pham Minh) Hoang, un citoyen de l’UE, et les autres défenseurs des droits de l’Homme ».

La pression internationale semble avoir payé car durant son procès en appel, la peine de Pham Minh Hoang a été considérablement réduite de 3 ans de prison à 17 mois.

Les premiers mots de Pham Minh Hoang ont été de remercier tous ceux et celles qui se sont exprimés en sa faveur. Mais ce qui préoccupe le plus dans l’immédiat, c’est l’état de santé de son père qui a dû être hospitalisé dans un état critique.

Source : http://www.viettan.org/Le-professeu...


NOK, LES HOMMES, LES FEMMES ET LES AUTRES

Publié le 5 décembre 2011

Texte Carol Isoux* / Illustration Chau

Sources et documents de ce reportage dans Asies+

Avec ses longues jambes, sa mini-jupe et ses cils vertigineux, Nok Yollada a de quoi rendre envieuse n’importe quelle parisienne. Sophistiquée, ultramaquillée, la jeune femme thaïe déambule dans les quartiers chics de Paris, de l’Opéra à la place Vendôme et s’arrête devant chaque devanture en quête d’inspiration : patronne d’une marque de bijoux, elle se lance sur le marché français en janvier.

Sur les Champs-Élysées, arrêt de rigueur à la boutique Vuitton où elle s’achète un sac avant de rentrer à son hôtel. Rien que de très normal pour une jeune patronne asiatique. En cette fin du mois d’août, la ville est presque déserte, mais rien ne semble entamer son enthousiasme. « J’adore Paris, confie-t-elle dans une petite révérence. J’ai hâte d’implanter ma compagnie ici, histoire d’avoir un prétexte pour venir souvent et apprendre le français ! »

En Thaïlande, sa marque, Carat, qu’elle a fondée il y a quatre ans avec un « grand frère » (un ami proche, selon l’usage thaï) est spécialisée dans les pierres précieuses et semi-précieuses, en provenance de tous les continents. Rubis de Birmanie, saphirs d’Inde (elle en porte un énorme à l’annulaire gauche) ou encore diamants d’Angola. Les pièces, fabriquées à la main par une équipe de cinquante personnes, des jeunes formés sur le tas, sont extravagantes et colorées, selon le goût local. Mais pour le marché français, elle veut se concentrer sur les bijoux en argent : « Quelque chose de sobre, qui corresponde à l’élégance française. On a encore beaucoup à travailler sur le design. »

Son projet, elle le mijote dans sa tête depuis des années : « La société française est multicolore, et je trouve qu’il n’y a pas assez d’offre pour les peaux foncées. Nous en Thaïlande, nous avons l’expérience de jolies couleurs sur peau sombre et nous voulons proposer nos bijoux aux sociétés multiraciales en Europe. » Pour s’implanter en France, elle a rencontré, par l’intermédiaire d’amis communs, une partenaire française, elle aussi patronne d’une marque de bijoux. Elles se sont associées et les produits seront commercialisés sous la marque de Nok, Carat.

Sa partenaire, dont on ne peut dévoiler ici l’identité, n’en revient pas de sa chance : qu’une femme aussi jeune, belle et élégante soit patronne de sa marque, c’est une parfaite vitrine pour des bijoux. Très féminine, ongles peints et brushing impeccable, souvent à la limite de l’affectation, Nok a tout du cliché de la femme asiatique : raffinée, douce… Avec elle c’est toute l’Asie d’un certain fantasme masculin qui débarque en France. Le temps de faire quelques visites et de charmer les différents collaborateurs français, c’est déjà l’heure de prendre l’avion du retour pour la Thaïlande.

*Journaliste indépendante de presse écrite et de télévision. Diplômée de Lettres classiques elle choisit finalement de se tourner vers le monde contemporain et part s’installer en Chine. Basée plusieurs années à Shanghai puis à Bangkok, elle sillonne l’Asie en quête d’histoires. Sa passion : les langues et les conventions sociales à décoder.

Source : http://webasies.com/nok-les-hommes-...


"J’APPORTE A MES LECTEURS CE QUE L’ETAT LEUR DISSIMULE"

Publié le 8 septembre 2011

Dans un pays où l’expression n’est pas libre, comment cet ancien policier peut-il signer sur Internet des commentaires politiques au vitriol ? Portrait de Nguyen Huu Vinh.

Texte Hervé Lisandre* / Illustration Chau

Sources et documents de cette enquête dans Asies+

C’est un Vietnamien qui parle aux Vietnamiens, au moins 30 000 par jour qui consultent son blog : « Pour m’informer sur le procès de l’avocat Cu Huy Ha Vu [cf. Asies n°2 pp. 88-89], il n’y avait que les articles de Ba Sam », confie un professeur d’université. Sous le titre « Organe de l’Agence des informations de trottoirs », la page d’accueil de ce blog parodie celle d’une agence de presse. « J’apporte à mes lecteurs ce que l’État leur dissimule. Tout le contraire de l’Agence vietnamienne d’information [l’Agence étatique N.D.L.A.] », glisse « grand frère Ba Sam », pince-sans-rire. Derrière ce pseudonyme, se cache un Hanoien de 55 ans au regard espiègle, nommé Nguyen Huu Vinh. Il dit vouloir « lutter contre l’endoctrinement ». Son cheval de bataille : défendre la souveraineté du Vietnam face aux supposées ambitions chinoises. À l’image d’une partie de la blogosphère en langue vietnamienne, Ba Sam écrit presque tous les jours depuis le printemps dernier sur les tensions entre Hanoi et Pékin, suite à une série d’accrochages maritimes au large des Spratleys et des Paracels (ces archipels, situés sur une portion de l’Océan pacifique que les Chinois l’appellent « mer de Chine du Sud » et les Vietnamiens « mer Orientale », sont revendiqués entièrement par les deux pays et partiellement par Taiwan, les Philippines, la Thaïlande, la Malaisie et le sultanat de Brunei).

Opiniâtre, l’ex-policier traque le moindre signe de soumission du gouvernement de Hanoi vis-à-vis de son puissant voisin, comme la traduction dans le Journal électronique du Parti communiste vietnamien (PCV) d’un article de la presse chinoise expliquant le conflit maritime du seul point de vue de Pékin. Le blog de Ba Sam, dont le serveur est localisé aux États-Unis, a atteint le pic des 36 000 visiteurs uniques en juin, lorsqu’il a diffusé les vidéos de manifestations à Hanoi tolérées par le régime, réunissant quelques dizaines de personnes mobilisées contre la politique « expansionniste » de la Chine. Depuis décembre 2010, Ba Sam suit avec attention les révoltes qui embrasent le Maghreb et le Machrek. Il parle posément, pèse ses mots et délivre une analyse exceptionnellement courageuse dans son pays : « Je note des similitudes avec le Vietnam : la nature antidémocratique des régimes, l’abîme entre les riches et les pauvres. Ici aussi, il serait possible de catalyser plusieurs types de mécontentements grâce à Internet. » Comment peut-il aborder publiquement de tels sujets dans un Vietnam sous le joug du Parti unique, où les arrestations de cyberdissidents et autres plumes critiques se multiplient depuis 2008 ? « C’est le meilleur, mais comment fait-il ? Il semble tellement libre qu’on se demande s’il n’est pas de mèche avec la police », s’interroge une journaliste de Hanoi qui préfère rester anonyme.

Nguyen Huu Vinh a travaillé cinq ans au ministère de l’Intérieur et dix au ministère des Affaires étrangères. De 1974 à 1981, son père, membre du Comité central du PCV, fut ambassadeur du Vietnam chez son allié le plus puissant de l’époque, l’Union soviétique. Vinh est entré au Parti en 1986 mais depuis 1995 il ne participe plus aux réunions de sa cellule et se considère de facto en dehors du PCV. De ce parcours dans le sérail communiste, l’appareil de sécurité et l’administration, il garde un réseau et quelques amitiés, qui lui ont permis d’éviter jusqu’ici le sort de nombre de ses confrères parmi les plus audacieux : ainsi Pham Minh Hoang, qui abordait sur son blog des sujets analogues à ceux de « grand frère Ba Sam », s’est vu condamné le 10 août à trois ans de prison et trois ans d’assignation à résidence.

Source : http://webasies.com/nguyen_huu_vinh/


VIETNAM : FERMEZ LES YEUX, JUSTE POUR VOIR

Publié le 31 juillet 2011

Texte Philippe Papin* / Photographie VNA/AFP

Fermez les yeux, et imaginez qu’un de vos meilleurs amis est en prison. Innocent, il a été condamné à sept ans de réclusion qui seront suivis de trois ans de résidence surveillée.

Réalisez, à l’aune de votre vie, ce que représente une décennie. Songez à sa famille et à ses proches. Enfin, les yeux toujours fermés, posez-vous cette question : me tairais-je sur son sort, quand je ne peux faire rien d’autre que parler ?

Cet ami, c’est, pour moi, l’avocat Cu Huy Ha Vu. Son cas n’a rien de théorique : arrêté en novembre 2010, condamné en avril 2011, à l’issue d’une parodie de procès dans la capitale vietnamienne Hanoi, il est en train de croupir dans l’isolement et l’abandon.

Je connais Ha Vu depuis 1991. Il faisait partie de ces jeunes Vietnamiens – il avait alors 35 ans – fabuleusement doués pour tout, ouverts, généreux, aimant la discussion et qui ne marchandaient ni leur affection ni leur humour. Je me souviens de nos escapades à la campagne, quand, avec d’autres, nous allions en petit groupe visiter telle ou telle pagode célèbre, tel village ancien, tel site réputé, et qu’en tous lieux le plaisir d’explorer, aussi grand fût-il, ne valait jamais celui, finalement plus intense, d’être ensemble. Autour d’un pique-nique improvisé, nous étions parfois graves mais, plus souvent, les plaisanteries fusaient. Nous refaisions le monde ; nous étions des amis, tout simplement. Dans cette joyeuse petite troupe, Ha Vu est celui qui – avec un autre, véritable frère, lequel se reconnaîtra quand il lira ces lignes – m’a fait découvrir son pays, et il l’a fait avec la simplicité discrète qui est l’apanage des grands.

Il n’a pas été le seul, je l’ai dit ; j’ai connu au Vietnam, et connais encore, des dizaines de personnes qui possèdent sa culture et son élégance, sa gentillesse et son esprit. Ils sont par ailleurs des centaines, des milliers, à avoir fait le sel du pays qui s’ouvrait au début des années 1990. Mais il se trouve qu’aujourd’hui c’est Ha Vu qui est en prison : c’est donc lui qui, dans ma mémoire – j’ose dire : dans mon cœur – cristallise cette belle génération du Vietnam nouveau.

Belle génération et belle famille : Ha Vu, fils d’un poète qui était un proche du Président Hô Chi Minh, est aussi neveu par sa mère de Xuân Diêu, lequel est au Vietnam ce que nous est Baudelaire. Francophone par tradition familiale et formation universitaire, titulaire d’un doctorat de droit passé à la Sorbonne, ce parfait connaisseur de l’histoire de son pays, et surtout de sa littérature dont il parlait sans cesse, s’adosse à deux solides pans de culture, qui du reste sont moins éloignés l’un de l’autre qu’on ne le croie.

Ha Vu, en tant qu’avocat, s’est résolument placé du côté des faibles, des expulsés et des laissés pour compte dans un pays sous monopole politique du parti unique communiste. En 2005, il taquine sévèrement les cadres du comité populaire de Hué, pris du vertige de la spéculation immobilière qui, pour être rentable, se fait sur le dos des gens ordinaires. Deux ans plus tard, voulant lutter de l’intérieur, il présente sa candidature à la députation : il est aussitôt évincé par une « consultation préalable de la population » qui, pour lui comme pour les autres, permet de faire le tri. Les choses se gâtent à partir de 2007. C’est l’année où les premiers frimas, poussés par l’obédience à Pékin et l’affairisme d’Etat, annoncent la glaciation politique où nous sommes depuis deux ans. Le temps se rafraîchit, donc, mais Ha Vu n’est pas couvert. Champion des causes perdues, il vole au secours des paysans expulsés, des catholiques en colère et, surtout, s’attaque au dossier tabou des mines de bauxite concédées par le gouvernement vietnamien à la Chine ; il râle, il peste, ose entamer une procédure judiciaire contre Nguyên Tân Dung, riche et puissant Premier ministre. C’est le pas de trop. Défendre les gueux, passe encore ; mais contester le voisin et s’en prendre à l’élite se paie au prix fort. L’histoire se termine : fausse affaire de mœurs, détention provisoire, changement du chef d’inculpation et, dans la foulée, un procès pour « propagande contre la République socialiste du Vietnam » qui le jette dans l’ergastule pour sept ans.

Devrais-je me taire ? Je ne le crois pas. Il n’est pas digne de baisser la tête devant une tête qu’on coupe. Une précision toutefois : je ne mets dans ma démarche nul pathos inutile, nulle sentimentalité molle, encore moins d’arrière-pensées politiques car j’ai la chance de n’avoir aucune opinion sur le régime vietnamien, dont l’évolution ne me regarde pas ; je n’y mets pas non plus de faits, de rappels sur la situation des droits de l’homme et de la liberté d’expression, pas davantage de témoignages sur ce qu’on dit ou pense dans la population. Ce texte n’est pas un texte de combat. Il saute les preuves et les idées pour aller directement à l’endroit où la politique et le cynisme d’État – qu’il n’est question de refuser à personne – débouchent sur un visage, un seul, mais qui m’est familier et qu’on me dérobe. C’est en ce visage que s’incarne, au moment où j’écris, un peu ému en vérité, la cohorte entière des prisonniers de conscience. On peut bien tordre la chaîne des arguments, pour moi elle aboutit toujours, au bout du bout, à l’individu et à son irréductibilité. C’est de Ha Vu dont il est question ici, et seulement de lui. Il occupe toute la place. Vous n’avez pas lu d’engagement théorique, ni entendu des cris d’orfraie : accroché au dernier maillon, celui où pend l’ami qui pourrait être le vôtre, je lui présente, sertie dans la tristesse, l’expression de ma fidélité indéfectible et publique.

Démuni pour agir, je le suis moins pour parler. Puisses-tu m’entendre, mon vieux Ha Vu, et te dire que nous sommes plus d’un à penser à toi, et à y penser fort.
* Historien. École Pratique des Hautes Études. Université de la Sorbonne.

Source : http://webasies.com/webasies-com-fe...


PHAN TRAC CANH : LE COLLECTIONNEUR DE LIVRES ANCIENS

Phan Trác Cảnh : Người sưu tầm sách cũ

Publié le 05/09/2010

Ông chủ thư viện sách cũ tư nhân số 5 Bát Đàn - Hà Nội là người nho nhã, trầm tính, kiệm lời, tính nết đặc trưng của một người suốt đời đắm chìm giữa muôn trùng sách. Những người "nghiện" sách khoa học xã hội, đặc biệt là sách địa chí, lịch sử các dân tộc Việt Nam, đều đã không ít lần gõ cửa địa chỉ này.

Source : http://www.youtube.com/watch?v=fAjH...


"J’AIME QUE LES LIVRES SOIENT DES BRASIERS"

Linda Lê : “J’aime que les livres soient des brasiers”

Publié le 22 août 2010

A 14 ans, elle quittait le Vietnam pour la France. Deux creusets qui ont forgé tout à la fois son caractère paisible et son écriture écorchée, sous haute tension. “Quand j’écris, j’aime bien être sur le corde raide”, explique Linda Lê, dont le dernier roman, “Cronos”, vient de sortir. A 16h, elle nous offre un extrait du livre, lu par elle-même.

La frange crantée de Linda Lê ressemble à un casque corinthien : dégagée sur les yeux et plus longue sur le nez, elle camoufle, tout en laissant passer son regard acéré. Comme ses personnages aux noms singuliers, la Manchote (Les Trois Parques), Sola (In memoriam), Una (Cronos), Linda Lê marche en solitaire, secrète, farouchement indépendante. Née au Vietnam en 1963, elle s’est exilée au Havre, avec sa mère et ses sœurs, en 1977. Son premier roman, Un si tendre vampire, écrit en français à 23 ans, marque l’avènement d’une écriture baroque et crépusculaire qui n’a cessé de creuser son sillon depuis, nourrie par la lecture assidue d’innombrables cavaliers seuls de la littérature mondiale, tels Ingeborg Bachmann, Louis-René des Forêts, Kobo Abe ou Stig Dagerman. Hommage à son père disparu, Lettre morte (1999) reste son ouvrage le plus écorché, le plus ensorcelant. L’œuvre de Linda Lê a des allures de gigantesque oraison funèbre, dont chaque pièce semble être le reflet de l’autre. Avec son nouveau roman, Cronos, tragédie de la dictature, elle laisse aujourd’hui éclater une féroce sauvagerie. De cette violence longtemps contenue, rien ne transparaît dans sa voix si douce, si chuchotante.

En dehors de vos romans, vous avez écrit plusieurs recueils critiques sur des écrivains que vous aimez, comme la poétesse russe Marina Tsvetaïeva. Pourquoi ces livres d’admiration ?

J’aime énormément les textes d’hommage, parce qu’ils attisent l’appétit de lecture et créent des connivences. Je rêve de former une communauté de gens qui auraient du plaisir à me lire et qui seraient aussi invités à faire connaissance avec des auteurs que j’admire. J’aime partager les aphorismes de Georges Perros ou la poésie disloquée du poète roumain Gherasim Luca. Aussi divers que soient ces auteurs, ils forment ma patrie d’élection. C’est une géographie mentale qui me définit. J’espère toujours que les lecteurs reconnaîtront aussi des frères en littérature en eux.

Comment ces auteurs se manifestent-ils à vous ?

Je crois que la force de certains écrivains, c’est qu’ils surgissent à la mémoire dans les situations de la vie quotidienne. Cioran disait que le meilleur livre est « l’ami des heures difficiles ». Pour moi, beaucoup d’écrivains ont été les amis des heures difficiles. Je pense notamment à Robert Walser, avec sa nonchalance et son impassibilité, malgré tous les revers qu’il a subis. J’ai une certaine prédilection pour les auteurs qu’on dit désespérés. Je trouve leur noirceur très tonique, et je puise chez eux mon énergie de tous les jours, même quand je ne les lis pas. Parfois, dans la rue, je me dis que tel passant pourrait être Robert Walser, tel autre me fait penser à un héros dostoïevskien. J’ai l’impression que la littérature m’aide à tisser des liens avec mes semblables. J’ai été longtemps d’une très grande timidité. C’est à travers les livres que je me suis un peu ouverte au monde.

Vous avez passé votre enfance dans votre pays natal, le Vietnam. Que représentait la littérature pour vous ?

Je me suis toujours sentie très étrangère au Vietnam, de par mes études en français, et mon comportement, souvent en retrait. Mes sœurs et moi ne ressemblions pas du tout aux enfants de là-bas. Ce profond sentiment d’isolement m’a incitée très tôt à m’évader à travers les livres. Dès l’enfance, j’ai développé une gourmandise pour tout ce qui était très loin de moi, pour tout ce qui me semblait colossal, démesuré.

Par exemple ?

Les œuvres de Victor Hugo, titanesques pour moi ! J’ai gardé un peu le goût de cette démesure, que j’ai cherchée par la suite à travers le démiurge tchèque Ladislas Klima, d’un tempérament explosif. Là encore, c’est tout le contraire de moi, qui suis d’un caractère très paisible, avec toutefois des moments de grande tension.

Ecrivez-vous pour briser cette tension ou pour l’entretenir ?

Je l’entretiens. Quand j’écris, j’aime bien être sur la corde raide, toujours. Si parfois je ne suis pas satisfaite et si je remanie certaines versions de mes livres, c’est justement quand j’ai l’impression de n’avoir pas été traversée par ce courant de haute tension.

D’où vient cette tension ?

J’ai toujours l’impression que la langue française représente quelque chose de trop difficile si je n’essaie pas d’abord de chercher ma propre écriture. Ecrire est donc souvent une épreuve. Je reste parfois des heures, parce que je vois qu’un mot ne convient pas du tout... Jusqu’à ce que j’aille faire une promenade où je peste contre moi-même, et que je finisse par trouver. J’ai souvent remarqué que c’est en déambulant que je trouve les idées les plus lumineuses. Dans le mouvement... Tandis que quand je m’acharne et que je reste à ma table, rien ne vient. Il faut que je marche à grandes enjambées, sans rien voir, tout à mes pensées...

Votre écriture est totalement atypique. Ce n’est pas une écriture qui coule, c’est une écriture faite d’incrustations, de reliefs, d’allitérations. Cela donne une impression de sifflements, de morsures... Comment s’est constituée votre langue ?

Par un doux mélange. Enfant, je parlais vietnamien avec mon père, et français avec ma mère. Entre sœurs, nous parlions un mélange de vietnamien et de français. Maintenant, nous ne parlons que français. Cela fait très longtemps que je n’ai pas parlé vietnamien. Il ne me reste que des bribes, qui remontent de temps en temps et qui sonnent d’une manière étrange.

Les phrases de vos romans sonnent elles aussi d’une manière étrange. Vous aimez les mots rares, les assemblements inhabituels...

Je me dis toujours qu’il faut qu’un texte « phosphorise ». C’est un mot que j’aime bien. J’essaie toujours de tendre vers cela, mais sans effort, sans que ce soit un exercice. J’aime l’incandescence des mots, que les livres soient des brasiers. J’ai écrit mon roman Lettre morte presque dans un état de combustion.

Votre nouveau livre, Cronos, décrit les rouages d’une dictature atroce. C’est le plus violent de vos romans...

Etrangement, certains livres ont été violents pour moi quand je les écrivais, mais pas celui-ci. Je l’ai tissé avec une patience de Pénélope, tranquillement, jour après jour, en me sentant plus perspicace que d’ordinaire. Ma surprise, c’est que j’ai changé de vocabulaire, avec des personnages qui utilisent un registre très familier, presque trivial. J’ai eu un grand plaisir à faire parler le ministre de l’Intérieur, à trouver les paroles qui disent toute la vulgarité du personnage, sans jamais la décrire.

On reconnaît quelques figures historiques dans le personnage du dictateur, comme Hitler en Allemagne, ou Ne Win en Birmanie... Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Il y a des influences souterraines dans l’atmosphère générale de pression et de menace : le film Rome ville ouverte, de Roberto Rossellini, et certaines pièces d’Edward Bond. Et il y a des réminiscences personnelles de ce que peut être un climat où règnent la suspicion et la délation, où les livres doivent être dans la ligne du parti. J’ai vécu deux années sous un régime assez dur, après la chute de Saigon, entre 1975 et 1977, avant de partir définitivement pour la France. J’avais 12 ans. Bien entendu je ne me rendais pas compte de tout, mais je voyais bien que l’atmosphère changeait. Mon père avait perdu son emploi. Il travaillait comme ingénieur, et il est devenu peintre d’enseignes. Beaucoup de gens commençaient à fuir. Des intellectuels accusés de droitisme étaient envoyés dans des camps de rééducation. Et, surtout, la famine menaçait, à cause de l’embargo. Le pays était coupé du monde. Je crois que, depuis, le régime s’est libéralisé. A quel point ? Je l’ignore, puisque les dissidents continuent d’être emprisonnés. Je ne suis pas retournée au Vietnam depuis dix ans...

Vous venez d’obtenir la bourse Cioran pour un projet de livre sur les apatrides...

J’ai seulement commencé à l’écrire. Ce sera une réflexion sur l’altérité, sur ce qu’il reste de l’humanisme. Je voudrais revenir sur certaines figures qui me sont chères, comme Marina Tsvetaïeva, et parler d’écrivains plus méconnus, comme le poète roumain Benjamin Fondane, qui a beaucoup écrit en français. Tous deux ont été victimes de totalitarismes. Après avoir connu l’exil, ils ont eu une fin tragique. Tsvetaïeva s’est suicidée à son retour en URSS, après quatorze ans d’exil en France, et Benjamin Fondane est mort à Auschwitz... Dans ce livre, je parlerai aussi de certains écrivains qui ont été des émigrés à l’intérieur. Des romanciers comme Thomas Bernhard, qui ont dénoncé les tares de leur propre pays, qui ne se sentaient pas du tout au diapason de leurs compatriotes. Ce sera un hommage à tous ceux qui ont pu s’approprier le mot du poète breton Armand Robin : « Je serai pour toute terre un étrange étranger. » Ce sont des paroles fortes qui m’ont toujours accompagnée.

Comment vous sentez-vous dans la France d’aujourd’hui ?

Je me sens presque toujours en exil. Je crois que même si je vis en France depuis longtemps je ne me suis jamais dit : là est mon pays. Mais je ne me dis pas non plus que le Vietnam est mon pays. Je porte à la langue française un amour profond. C’est mon seul point d’ancrage dans une réalité que je continue de trouver très violente. Je suis très inquiète de voir la résurgence d’un nationalisme exacerbé en Europe. J’ai l’impression que l’Europe est devenue de plus en plus frileuse et de plus en plus intolérante. Peut-être que nous sommes dans une époque de paix apparente, mais il y a des conflits sous-jacents près d’exploser, et je vis dans la crainte d’une conflagration.

Dans Cronos, vous lancez un appel à la résistance. Quelle forme peut-elle prendre aujourd’hui, selon vous ?

J’ai toujours un sentiment d’accablement et de révolte quand je suis les événements. Je me sens parfois presque terrassée. A tel point que parfois je ne lis plus les journaux, je n’écoute plus la radio. Comme l’héroïne de Cronos, j’ai parfois la tentation du déni. Comme elle, je me dis que je ne suis qu’une ferrailleuse de la plume. Je ne peux me battre qu’en écrivant. Peut-être qu’un jour les événements m’obligeront à agir autrement. Mais, pour l’instant, dans la société dans laquelle je vis, ma seule arme reste l’écriture.

Au risque de ne pas être pas entendue...

J’écris toujours avec le sentiment que je peux prêcher dans le désert. Mais cela ne m’abat pas. Au contraire. D’une certaine manière, peut-être que c’est tant mieux. Il ne faut pas se sentir sans cesse approuvé. Sinon, on se laisse aller à une sorte de confort. Il faut coûte que coûte parvenir à ne pas s’abolir ni à être dans le ressentiment. Le sentiment de confort et la rancœur sont les deux grands récifs entre lesquels j’essaie de naviguer.

Vos livres parlent souvent d’emprise...

Ce thème m’a toujours hantée. Il y a beaucoup de cela dans les romans de Henry James, où des femmes tombent sous l’emprise d’hommes assez pervers. La littérature n’est peut-être jamais aussi intéressante que lorsqu’elle se penche sur l’envoûtement. J’aime les personnages de proie. Moi-même ayant subi l’emprise magnétique et négative de certaines personnes dans ma vie, je me suis toujours intéressée à cela.

Votre œuvre est aussi hantée par le thème de la dualité...

Oui, je me sens très duelle, même plurielle souvent, et la plupart du temps habitée par des fantômes. Au fur et à mesure que je mène à bien des livres, je me sens enrichie par l’évocation de personnages qui, grâce à ce que j’écris, sortent un peu de l’ombre. Au premier rang, il y a mon père, à qui j’ai toujours tenu à rendre hommage. Il voulait être peintre, et il a renoncé à son ambition en ayant une famille. Il a été un modèle, et mes soeurs plaisantaient toujours en disant que j’étais son disciple. Quand je suis arrivée en France et que je lui écrivais, alors qu’il était resté au Vietnam, il me disait qu’il croyait beaucoup en moi, qu’il ne savait pas ce que j’allais pouvoir faire, mais qu’il fallait que je tente quelque chose qui le surprenne. C’est lui qui m’a incitée à devenir écrivain.

Quand l’héroïne de Cronos parle de la déchéance de son père, elle dit : « Autrefois, c’était lui qui détenait les clés du savoir, désormais, j’ai charge d’âme. » Avez-vous l’impression d’avoir charge d’âme vous aussi ?

C’est peut-être un peu présomptueux, mais je me sens cette mission de recueillir les vies naufragées, même si mon embarcation n’est pas toujours sûre. J’espère toujours faire revivre des individus que j’ai croisés sur ma route et qui ont eu une influence sur moi. Etre auteur, c’est se faire le porte-parole de ceux qui ne sont plus là. J’ai l’obligation morale de rendre hommage à ceux qui ont été des soutiens pendant toute mon existence. Cela va des auteurs que j’ai lus à mes amis les plus proches. Par exemple, dans mon dernier essai, Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, j’ai tenu à saluer mon éditeur, Christian Bourgois, qui a été comme un mentor pour moi. Depuis sa mort, quand je viens aux éditions Bourgois, j’ai toujours une pensée très forte pour lui. Je date ma naissance littéraire du moment où je l’ai rencontré. Il m’a fait naître à moi-même. Il m’a protégée aussi.

Protégée contre quel danger ?

Contre moi-même ! Il a attendu avec patience quand j’avais la raison un peu chancelante, et que j’avais du mal à appréhender la réalité. Sa femme, Dominique, et lui ont été d’un grand soutien.

Quelle trace cette période de « raison chancelante » a-t-elle laissée en vous ?

Les moments où l’on tombe dans un puits sans fond sont assez stériles. Il n’en sort rien, si ce n’est une suspicion à l’égard du monde, qui fait qu’on ne peut ni agir ni réfléchir posément. J’ai vécu ces périodes où j’étais d’une grande fragilité comme des moments où je perdais toute notion de ce qu’est la vie réelle. Est-ce que cela m’a apporté quelque chose ? Je ne le crois pas. C’est survenu sans que je m’en rende compte, et j’ai été incapable de produire quoi que ce soit. Peut-être faut-il parfois connaître les gouffres pour trouver ne serait-ce qu’un peu de lumière... C’est seulement quand la raison a pris le dessus que j’ai pu écrire de nouveau. Ces instants de souffrance étaient peut-être liés à une trop grande tension. J’étais dans une exaltation maladive. J’ai toujours la crainte de voir ressurgir ces épisodes, parce que ce sont des heures où je n’ai plus la maîtrise de moi-même. Or je tiens pour essentiel le fait d’être maître de soi et d’écrire toujours avec clarté, en étant sûre de ce qu’on avance.

Propos recueillis par Marine Landrot
Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama
Télérama n° 3162
Le 22 août 2010 à 16h00

Source : http://www.telerama.fr/livre/linda-...

- Dans “Cronos”, Linda Lê laisse éclater une féroce sauvagerie, décrivant les rouages d’une dictature atroce. C’est certainement son roman le plus violent, dont elle nous lit ici un passage : Una, son héroïne, retenue prisonnière par le ministre de l’Intérieur du régime, écrit en secret à son frère Andréas, qui a réussi à fuir…

Linda Lê lit un extrait de “Cronos”, son dernier roman


NGO BAO CHAU RECOMPENSE

Paris, 19 août 2010

Médaille Fields 2010 attribuée au mathématicien Ngô Bao Châu

La Médaille Fields 2010 vient d’être attribuée à Ngô Bao Châu, Professeur de l’Université Paris-Sud 11 au Laboratoire de mathématiques d’Orsay (Université Paris-Sud 11/CNRS) et actuellement détaché à l’Institute for Advanced Study de Princeton (Etats-Unis). Cette distinction, la plus prestigieuse au monde en mathématiques, récompense Ngô Bao Châu pour sa démonstration du « lemme fondamental ». Un résultat qui, jusque-là sous forme de conjecture, constitue la pierre angulaire d’une théorie introduite à la fin des années 1970, établissant des relations entre deux domaines distincts des mathématiques, l’arithmétique et la théorie des groupes.

Le Congrès mondial des mathématiques se tient une fois tous les quatre ans. C’est l’évènement scientifique le plus important pour les mathématiciens. A cette occasion sont décernées quatre médailles Fields, distinction mathématique la plus prestigieuse récompensant des mathématiciens de moins de 40 ans. Parmi les quatre lauréats de cette année(1) figure Ngô Bao Châu, professeur au Laboratoire de mathématiques d’Orsay (Université Paris-Sud 11/CNRS). Cette distinction est la quatrième médaille Fields attribuée à un mathématicien issu de ce laboratoire, avec Jean-Christophe Yoccoz (1994), Laurent Lafforgue (2002) et Wendelin Werner (2006).

Ngô Bao Châu est né en 1972 à Hanoi (Viêt-Nam) et a acquis la nationalité française début 2010.

Au cours de sa scolarité il obtient deux fois la médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques (en 1988 et 1989). De 1990 à 1992, il est étudiant à l’Université Pierre et Marie Curie, puis à l’Ecole normale supérieure. Il poursuit ses études par un DEA, puis une thèse soutenue en 1997 à l’Université Paris-Sud 11, sous la direction de Gérard Laumon(2). Chargé de recherche au CNRS de 1998 à 2004, Ngô Bao Châu obtient en 2003 son habilitation à diriger les recherches à l’Université Paris-Nord. Depuis 2004, il est professeur à l’Université Paris-Sud 11 et détaché à l’Institute for Advanced Study de Princeton (Etats-Unis) depuis 3 ans.

Ngô Bao Châu est spécialiste des représentations et formes automorphes, une branche du domaine général de la théorie des nombres, dans laquelle sont étudiées les propriétés de divisibilité des nombres entiers. On peut mentionner dans ce domaine, le fameux « théorème de Fermat », énoncé par le mathématicien Fermat en 1637 et démontré par Andrew Wiles en 1994. Ngô Bao Châu inscrit son travail dans le cadre de ce qu’on appelle le « programme de Langlands », du nom du mathématicien américain d’origine canadienne Robert Langlands qui en 1967 formule une théorie établissant des liens fondamentaux entre l’arithmétique et la théorie des groupes, deux domaines distincts des mathématiques.

C’est au début de l’année 2008, que Ngô Bao Châu donne une démonstration du « Lemme fondamental », qui était une conjecture formulée dans un article paru en 1987, et dont un cas particulier avait été démontré dans les années 1970. Recemment vérifiée par les experts du domaine, la démonstration de Ngô Bao Châu, de plus de 150 pages, est citée dans le magazine Times de décembre 2009 comme l’une des 10 plus belles découvertes scientifiques de l’année.

Au-delà de l’attribution de cette médaille Fields, le Congrès mondial des mathématiques 2010 confirme l’impact du Laboratoire de mathématiques d’Orsay sur les mathématiques mondiales, puisque, parmi les 22 conférenciers français invités (un score qui place la France en deuxième position derrière les Etats-Unis), 13 ont soutenu une thèse ou une habilitation à l’Université Paris-Sud 11, ou y sont en poste. C’est donc la recherche et aussi la formation doctorale en mathématiques de l’Université Paris-Sud 11 qui sont ainsi récompensées.

Notes :

(1) Ont également reçu la médaille Fields 2010 : Cédric Villani, professeur à l’École normale supérieure de Lyon et directeur de l’Institut Henri Poincaré à Paris (CNRS / UPMC), Elon Lindenstrauss, professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, et Stanislav Smirnov, de l’Université de Genève.

(2) Gérard Laumon, Directeur de recherche au Laboratoire de mathématiques d’Orsay, a également eu comme élève Laurent Lafforgue, médaille Fields 2002.

Source : http://www2.cnrs.fr/presse/communiq...